La dignité des poissons rouges.
Non, ce n’est pas le titre du prochain roman de Muriel Barbery (mais cela ferait une belle suite à « l’Elégance du hérisson »…)! Un événement me l’a inspiré hier : nous avons dit adieu à notre dernier poisson rouge, enfin jaune pour être exact, que nous avons relâché dans un bassin du Parc du Lido.
Nous n’avions pas d’autre solution : notre Ayi l’aurait bien pris, mais la dernière fois qu’il a fait le trajet pour aller chez elle, en pension pendant nos vacances, il avait failli en crever. Forcement, une heure et demi de vélo dans un sac en plastique… Et depuis il a encore grossi. Nous nous sommes donc résolus à lui offrir une retraite bien méritée au milieu de ses congénères.![]()
Ce n’est pas de gaîté de cœur que nous l’avons relâché là -bas. Bien qu’ils nous semble que dans ce parc, l’eau des bassins n’est pas vidée l’hiver et que les poissons survivent, comment en être surs ? Car nos amis du bocal sont malmenés dans ce pays qui pourtant les adore… sans doute trop.
Le poisson doré, puisque tel est son véritable nom, EST chinois (lire la petite histoire du poisson rouge sur le site de l’AFPR). Il a vu le jour en Chine, où il est devenu symbole de bonheur et d’abondance, et aussi un sujet ultra-classique dans l’art chinois. L’aquariophilie est un poste important de dépense pour les chinois de la classe moyenne. Mes deux Ayis ont des aquariums. L’une d’elle vient même de s’en offrir un tout neuf, et n’a pas lésiné sur la dépense : deux mille yuan ! C’est énorme comme somme pour un chinois.
Donc, énormément de Chinois possèdent chez eux des poissons dorés porte-bonheur, mais aussi tout établissement et entreprise qui se respecte. Shopping mall, bijouterie, magasins de meubles, grande surface de bricolage, « xiaochi » (boui-boui) miteux ou restaurant quatre étoiles, temples, parking, hall d’hôtel, station-service, photographe… J’arrête là , vous avez compris. Les poissons, petits ou gros, nageouillant seuls, ou accompagnés de 2, 3, 10, 50 petits copains, agrémentent l’entrée des lieux précédemment cités.
Vous les trouverez dans des récipients très variés : bassine de porcelaine, vasque de pierre sculptée, sac en plastique, cuvette en plastique, vases, verre, aquarium quand ils ont de la chance, etc !
Hélas, cette chance, ils ne sont pas nombreux à en profiter, et la norme étant plutôt de voir des poissons en rang serrés, branchies pointées vers la surface, luttant pour la moindre bulle d’oxygène…
Car si les poissons de collection sont bien traités (normal, ils valent cher, voir TRES cher), le poisson doré commun à 1,50 euros, c’est du jetable. Du coup la consommation qui en est faite est assez délirante. Il n’est pas rare de tomber dans un parc de jeux pour les enfants (qui sont légion à Pékin), sur un jeu de pêche à la ligne ou à l’épuisette plutôt réaliste. Je ne vous fait pas un dessin. Les poissons se vendent partout mais surtout dans les marchés aux fleurs et aux poissons rouges, par centaines de sacs en plastiques sur les étalages. Les espèces obtenues ont parfois des aspects invraisemblable dont les chinois raffolent.
La nageoire d’or, je la donne au poisson « peint » de Guanzhou (Canton !) : existe en trois modèles : pois, rayures ou caractères chinois. (je dis peints mais je n’ai aucune idée de la technique utilisée.)
La nageoire d’argent au festival de glace de Haerbin et sa sculpture de véritables poissons congelés.
Dans les jardins publics, on se doute du sort funeste qui attend chaque hiver les poissons des bassins lorsque ceux-ci sont vidés. Depuis notre fenêtre nous avons vu sur celui du jardin de notre résidence. Au printemps lorsqu’il l’ont rempli ils y ont mis pas mal de poissons. Puis au premier orage, l’eau est devenue noire de crasse, à tel point qu’ils ont vidé le bassin pour le nettoyer. A présent seuls quelques touts petits poissons s’y baladent. Ils ont peut-être épuisé le budget poisson pour cette année ?
Je l’avoue, au début cela me choquait… modérément (comme vous sans doute). Je croyais à la légende urbaine qui veut que le poisson n’a pour ainsi dire pas de cerveau, et une mémoire immédiate de 5 secondes. Ce serait en fait faux, quelques test scientifiques ont pu le démontrer (je n’aime pas écrire de bêtise alors je me renseigne toujours).
Bien sur je ne vais verser des torrents de larmes sur le sort des poissons rouges (quoique se séparer au bout de plus de deux ans ca fait quand même quelque chose !) Mais en y réfléchissant un peu… peut-on accepter qu’une créature vivante quelle qu’elle soit, soit maltraitée, gaspillée ? Pour ma part, sans lancer un débat philosophique, je pense que non. Pour au moins deux raisons: l’exemple donné aux enfants, et parce que c’est la porte ouverte à d’autre excès liés au respect de la vie en général.



July 21st, 2008 13:57
rien à voir avec le sujet
Mais…
Ma plus grande recherche google est en train de devenir “Cyril nu”.
Tout ça, grâce à ton commentaire sur cet article…
http://www.cajulitoon.com/Cafards-le-retour
Pas mal, non ?
Cyril va-t-il supplanter les culottes fendues chinoises ????