Un nouveau monde ancien

September 22nd, 2006 by Thierry

Pour peu qu’on en aie suffisamment envie, il est possible de parcourir en une journee la route qui va de Songpan a Langmusi. C’est qu’aux kilometres horizontaux s’ajoutent la multitude de sauts de puce vers le ciel qui ponctuent ce trajet sur une route qui se cherche et se construit sous le nez du bus, a la pelle et a la pioche. Ca secoue, donc, mais on y arrive. Et, une fois arrive, on est a nouveau secoue: marcher sur la rue principale (la seule, d’ailleurs) d’un village tibetain a 3200 metres d’altitude, ca vous fait quelque chose.

La population de Langmusi est diverse: des moines, des gens des peuples Han, Hui ou Tibetain, et des visiteurs - Chinois (tout de meme), ou etrangers. Et, ce qui est bien ici, c’est que, peu importe ou l’on va et d’ou l’on vient, sur la carte geographique comme sur l’echelle sociale,  on se baigne dans le meme bain: un bain plutot froid (pas ou peu d’eau chaude dans les tuyaux locaux) et pris a la lueur des chandelles (deja quatre jours sans electricite). La nuit tombee, on s’entasse dans les echoppes munies d’un poele a charbon, et quant vient l’heure de dormir on parcourt cette meme rue principale a la lueur de la lampe de poche, sous un ciel etoile qui suffirait (pour les romatiques, du moins) a justifier toutes les coupures de courant. Un autre monde, une autre epoque.

S’il y a beaucoup de moines a Langmusi, c’est parce qu’un important monastere est installe, depuis 600 ans environ, dans l’un des coins du village. Je me promenais par la, peu apres mon arrivee, avec la vague attention d’aller y faire un tour, lorsqu’un jeune moine me fit signe de la main en sifflant. Bref et clair, le coup de sifflet, genre: “par ici”. Je me suis avancee dans sa direction, il a continue son chemin, et quelques minutes plus tard nous sommes arrives au monastere. Le guichet (l’entree dans les lieux religieux est ici bien souvent payante) se trouvait a gauche du porche; j’y moneyai mon droit de passage en montrant ma carte d’etudiante (qui fut plus une curiosite amusante qu’autre chose pour les moines-vendeurs-de-billets), puis me remis a suivre mon moine, qui m’attendait quelques metres plus loin. Nous reprimes la route en silence.

Le chemin sur lequel il m’emmenait etait, incontestablement, en pente ascendante. Le souffle court et le coeur battant, je realisai que l’altitude avait change depuis que j’avais quitte Chengdu. Il respirait fort, lui aussi. Peut-etre par compassion, pensai-je…

Tranquillement, nous poursuivions l’ascension. Quelques mots furent echanges: “je viens de Belgique et j’habite au Canada”, lui dis-je. “C’est loin?”, me demanda-t’il a plusieurs reprises. Lui, precisa-t’il, habitait en haut de cette colline qu’il montra du doigt. Nous marchions, encore, sur le meme sentier, et les moines que nous croisions en chemin riaient de le voir ainsi flanque d’un petit bout de femme essouffle.

En haut de ce sentier, il y avait donc une maison. Il m’invita a l’y accompagner puis, une fois arrives, me pria d’attendre sur le porche. Il entra dans le batiment, en resortit avec une petite chaise en bois qu’il m’offrit en faisant signe de la main en direction du paysage. Il alla chercher une seconde chaise et s’assit a mes cotes. A nos pieds, la vallee dans laquelle s’entremelaient le village, la riviere et le monastere. Face a nous, et plus haut, les montagnes et la foret. S’asseoir, et regarder.

Il sortit de sa poche une piece de monnaie. Je la reconnu tout de suite: une piece doree aux couleurs de la vielle europe - 10 cents, exactement. J’avais sur moi 5 centimes, je lui tendis la piece, et, sans le savoir, j’avais initie un echange: apres l’avoir regardee quelques instants, il se leva, entra a nouveau dans la maison, et en ressortit muni d’un petit sachet de poudre brune duquel il extirpa une nouvelle piece de monnaie. Apres l’avoir frottee vigoureusement, il me l’offrit. 10 piastres, en provenance d’Israel cette fois.

Nous en etions la lorsqu’un second moine, plus age, s’approcha de la maison. Mon hote se leva instantanemment pour lui offrir son siege, et lorsque je lui adressai un tres peu formel “ni hao” (bonjour) je compris que la formule manquait d’elegance lorsque l’on s’adresse a un religieux a l’age - entre autres choses - respectable. Le plus jeune moine me presenta a ce dernier - en empruntant,  au passage, un racourci: j’etais canadienne, tout simplement. “Haa, le Canada, le Canada” repeta plusieurs fois l’ancien (en mandarin dans le texte). “Est-ce qu’il y a des montagnes, la-bas?”, demanda-t’il. Oui, et meme beaucoup. De grandes forets, aussi. Nous parlames un peu - autant que le permettait mon mauvais mandarin; ils parlerent un peu plus. C’etait la premiere fois que j’ecoutais du tibetain, et mes oreilles savouraient la chose. Puis le silence revint, et quand il changea de qualite je fis mine de me lever. “Ha, tu descends”, dit le moine plus age. Il etait donc bien temps de prendre conge, ce que fis, a la vitesse des remerciements, toujours trop maladroits pour les circonstances. Et je descendis la montagne…

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PS: en toute honnete, je retranscris ces mots, non pas depuis Langmusi - ou il y a vraiment penurie reguliere d’electricite… - mais de xiahe, ou je suis arrivee aujourd’hui et ou je me remets de mes emotions langmusiennes.

Songpan, enfin!

September 16th, 2006 by Thierry

Arriver a Chengdu fut un pur plaisir. J’ai voyage en bonne compagnie, avec un Slovaque en route vers Lhassa (il a, pour la petite histoire, passe son sejour a Chengdu a apprendre le portugais). Y circuler fut, nous l’avons vu, une autre paire de manche. Pour quitter la ville, c’est non seulement les manches, mais la chemise, le pantalon et les fonds de culotte qui y sont passes: ce fut, disons-le simplement, eprouvant. Apres avoir erre de station de bus en station de bus dans les embouteillages matinaux, Nico (recrute sur place) et moi avons fini par embarquer a bord d’un bus qui, a defaut de se rendre a notre destination, se rendait dans la bonne direction. Un accident de route et un pneu creve plus tard, nous sommes arrives entre ici et la-bas - dans un petit village ou nous etions, pour une raison evidente, les seuls visiteurs. Pas grand chose a voir - nous etions l’attraction…

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Aujourd’hui est un autre jour. Apres un nouveau voyage plein de bosses et de fosses mais sans incident majeur, nous sommes arrives a Songpan, et c’est un monde en soi.  Sous le soleil et un peu plus pres des nuages (on se rapproche des 3000 metres d’altitude), le chevaux et les vaches se promenent librement dans les rues, entre les thibetains aux joues rouges et les bonnets blancs des vieilles femmes. Il y fait bon respirer; c’est un peu la version chinoise (ou sichuanaise plus exactement) de “Il etait une fois dans l’Ouest”). L’atmosphere est sereine, et moi heureuse.  

 

Go West (and North)

September 14th, 2006 by Thierry

Après quelques jours dans sleepy Chengdu (et une promenade savoureuse jusqu’au sommet de Qingcheng Shan, montagne taoiste dans les environs - et pourtant à mille lieues - de la ville), départ sur les chapeaux de roues vers le Nord-Ouest. Tellement bientôt, d’ailleurs, qu’il est temps d’y aller… Bons vents!

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Orient(ation)

September 12th, 2006 by Thierry

Le guide previent d’emblee: “Chengdu est une authentique ville asiatique de par son manque de respect nonchalant des noms de rues comme de la numerotation” (traduction libre)! Apres une journee de velo, j’acquiesce et je tire mon chapeau a tous ceux qui sont ici a la maison: pour trouver son chemin au quotidien dans ce labyrinthe qui dit “non” a la rationnalite, il faut un sacre flair. Munie du tres sommaire plan de ville offert gracieusement par l’auberge de jeunesse, j’ai seme aux 4 vents des “ou sommes-nous?” et des “comment y aller?” dans un mandarin essouffle. Si je finissais la plupart du temps par me faire comprendre, la carte que je montrais a mes sauveurs semblait demeurer pour eux insondable. On m’a plus d’une fois dit d’aller a droite en indiquant la gauche. Je suppose qu’a se diriger au pif pendant toute une vie, on en arrive a perdre le sens de la cartographie. Ca n’en reste pas moins confondant pour le visiteur fraichement arrive, qui s’accroche a son bout de papier comme a une bouee dans l’ocean. J’ai fini par lacher prise, et je me suis perdue pour me retrouver: portee de temples en temples par une maree humaine et cycliste, j’ai retouve le chemin de la maison. Apres une journee a Chengdu, mon nez est, peut-etre, un peu plus long.

En anglais… (suite)

September 10th, 2006 by Thierry

6h50 du matin à Yangshuo. Sur les rives de la rivière Li, les habitants du village font leurs exercices matinaux, et la combinaison des mouvements de Tai Qi et des survêtements Adidas - de contrefaçon, of course - est du plus bel effet. Encore quelques heures de ce côté-ci du paradis avant le départ pour Chengdu. Comment rassembler, en quelques lignes, les dizaines de kilomètres parcourus à vélo, à moto et à plus-soif? Silence aux alentours, mis à part le crachat d’une montgolfière qui se glisse nonchalamment entre les pics des montagnes. Parlons-en.

Ce gros ballon de baudruche emporte quotidiennement - et même 2 fois chaque jour - les visiteurs qui sont prêts à payer le prix. Un voyage d’une heure à travers des paysages somptueux, certes, qui se monaie pour l’équivalent du salaire trimestriel d’un habitant du village. Voir le bec à gaz s’allumer dans le ciel, ça vous fait quelque chose. 

Peut-être que, dans quelques années, le ciel de Yangshuo sera rempli de montgolfières. Peut-être que les locaux en feront leur moyen de transport de prédilection, plein aux poches qu’ils seront grâce à l’essor de l’industrie touristique. En attendant, on se déplace à vélo. Et on apprend l’anglais - puisque, paraît-il, c’est le ticket pour le ciel.

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Yangshuo Culture House

September 6th, 2006 by Thierry

Il y a des endroits qui n’appartiennent à personne, mais auxquels chacun appartient. La “Maison de la culture de Yangshuo”, située à l’extérieur du district touristique du village, est sans doute un peu trop confidentielle pour être intégrée au patrimoine mondial de l’humanité. Mais, pour ceux qui arrivent jusque là, le lieu est, effectivement, une maison.

Il y a quelques années, Wei, un habitant de la région lassé de son travail payant mais peu gratifiant dans les agences de tourisme de masse, a ouvert les portes de la demeure familiale pour y acceuillir les visiteurs désireux d’en apprendre un peu plus sur la culture locale. La région de Yangshuo est un assemblage de rizières et de petites fermes parsemées entre les montagnes et les rivières, mais dans le ghetto touristique le chant des oiseaux fait place à la techno bon marché. Au centre de cet univers parallèle: la très courrue Xie Jie (”Rue de l’Ouest”), où s’entremêlent échoppes de souvenirs et restaurants occidentaux, magasins de DVD  et revendeurs de crême glacée, et où l’écrasante majorité des visiteurs loue une chambre le temps d’un court séjour. La maison de Wei offre, en lieu et place de ces plaisirs consumméristes, une vue imprenable sur les toîts du voisinage et trois repas en commun chaque jour. Avec, en prime, une fenêtre ouverte sur les univers qu’apportent avec eux les habitants provisoires de la maison. Ce soir, autour de la table: deux Irlandais, un Thailandais londonnien, une Philipinne (londonienne elle aussi), deux Espagnols, une Belge… et les trois générations qui vivent sous ce toit - sans compter toute la généalogie des honorables ancêtres qui ne sont jamais bien loin. Les parties de jeux de cartes succèdent au repas, et, dans la moiteur de ce soir d’été, on se laisse vivre doucement, portés ensemble par l’atmosphère chaleureuse. Rien d’autre à dire, finalement, que le plaisir d’être ici.

En anglais dans le texte

September 2nd, 2006 by Thierry

Hier soir, en remontant la rivière, je me suis fait accoster - fort gentiment - par quatre jeunes chinoises avides de parler anglais. Il faut dire que, par ici, avoir le visage un peu pâle suffit à vous faire passer pour un anglophone accompli. Fort gentiment aussi, je leur ai suggéré de remettre le projet à demain - c’est-à-dire aujourd’hui. C’est à présent chose faite. Deux mots sur un épisode marquant de cette journée qui en comporte beaucoup d’autres:

À la recherche de fraîcheur sous le soleil de midi, nous nous sommes assises au bord de la rivière. Présentation, questions, réponses, échange fort plaisant de tout et de rien à la surface de l’eau. Puis une barque s’est approchée, et après une discussion mouvementée avec le capitaine de l’embarquation (tout se négocie, et nous avons finalement payé, à 5, le tarif “parfois demandé” à un visiteur, s’il semble avoir les poches suffisamment pleines), nous avons levé l’ancre pour deux heures de navigation vers le village de Fuli. Un régal (et un coup de soleil sur le nez).

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De retour sur le plancher des vaches, les demoiselles ont proposé d’aller manger un bout. Je me préparais à découvrir une petite échoppe chinoise de derrière les fagots, mais le cri de ralliement fut tout autre: “let’s go to KFC (Kentucky Fried Chicken, pour ceux qui ont la chance de ne pas connaitre ce fast food américain spécialisé - on s’en sera douté - dans le poulet frit)!”. Très naïvement, j’ai acquiescé en me disant que ça leur faisait plaisir. Grossière erreur! En vérité, c’était un geste d’hospitalité pure. Keiko a fini par m’avouer que c’était la première fois qu’elle venait ici, mais qu’elles n’avaient pas les moyens de m’inviter au restaurant (j’avais protesté, en vain, mais j’étais définitivement l’invitée de la journée) et que les échoppes chinoises n’étaient certainement pas assez propres pour moi. Mon estomac s’est serré. “Je préfère le riz, la nourriture d’ici, des choses simples” dit-elle. Moi aussi. Et, de fait, mis à part Valéry qui a un copain plein aux as, c’était, pour nous toutes, la première fois au Kentucky Fried Chicken. 

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Tous les goûts sont dans la nature

September 1st, 2006 by Thierry

Pour rester dans la thématique gustative, parlons donc du goût du voyage: salé, au départ d’Hong Kong (ville maritime et fort coûteuse). Une heure de bateau puis débarquement en Chine, au port de Shekou, dans les confins de Shenzhen. De là, le goût du soleil sur le bitume a laissé place à celui des couloirs du train: 16 heures et des poussières (même beaucoup de poussière) pour arriver à Guilin le lendemain matin (http://www.youtube.com/watch?v=wnqOd1CJKXE). Un goût brumeux, ensommeillé, durant la journée de promenade entre les grottes et les parcs de cette petite ville verdoyante. Puis une chevauchée de bus - un goût commun - jusque Yangshuo, finalement.

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L’endroit est unique. Petit village bordé de montagnes, Yangahuo est devenu une carrefour entre les minorités ethniques et les agences touristiques. Terre de contrastes où, comme dans beaucoup d’endroits en Chine, se cotoient le détaillant Adidas (sans vouloir faire de publicité gratuite) et le marchand de poisson crevé, ici, peut-être plus qu’ailleurs, on assiste à l’”anglisisation” d’une partie de la population pour qui travailler dans le secteur touristique est gage d’un meilleur revenu. Quant au reste… quel reste?

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(ci-dessus: sur les rayons de la librairie de Yangshuo)

Le gout d’hier

August 29th, 2006 by Thierry

Avec “Capri, c’est fini” dans la tête, départ de Hong Kong. Au revoir mièvre avec une ville impénetrable et superficielle à la fois, où se sont écoulés quelques jours longs comme des années. Comme si le smog venu de toutes les usines de la Chine, coincé ici par les montagnes et donnant aux gratte-ciels un air de ramoneur, se déposait sur les gens, les sourires, les poignées de main. L’endroit est fascinant, mais son heure de gloire semble passée. Jugement hâtif? On se revoit dans un mois exactement.

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Journée à la plage

August 27th, 2006 by Thierry

Qu’on ne s’y trompe pas: le titre sus-mentionné est à prendre au second degré, voire beaucoup plus - je dirais même tout en haut des 60 degrés d’inclinaison qui mènent de la plage en question au poste montagnard depuis lequel j’écris ces lignes. Je m’explique.

Avec un savant mélange de planification et d’improvisation, l’envie de voir - et de sentir! - la mer d’ici s’est faite carrément palpable ce matin. Le territoire de la SAR de Hong Kong comportant une floppée d’îles de toutes tailles et de toutes sortes, les possibilités étaient infinies. Le facteur temps et accessibilité était, quant à lui, décisif: déjà midi, et il s’agissait d’arriver à la plage, et d’en revenir.

Dans un moment pareil, la fameuse capacité de compromis belgo-belge est une arme redoutable. À la recherche d’une oasis de tranquillité pour contempler la Grande Eau, j’optai néanmoins pour le spot le plus courru de l’île de Hong Kong (”Repulse Bay”, dont les brochures touristiques vantaient sans complexe la beauté, et ce malgré un nom qui est, il faut le dire, peu attrayant) puisque le plus facile d’accès. Mais si la tendance au compromis est bien une arme, elle est, comme le veut l’expression, à double tranchant… 

Quelques kilomètres de transports en commun plus tard, la vue panoramique depuis le deuxièment étage du bus sur la grandiose Repulse Bay suffit à me convaincre de tenter ma chance plus loin. Plage bondée sur fond de gratte-ciels qui feraient pâlir la côte belge: non merci. Le bus se rendant au village suivant, Stanley, je me laisse (au présent) porter jusque là. Mais, après une brêve visite au temple local de la déesse de la mer, les démons du midi sont revenus à la charge. Stanley fut, peut-être, un village de pêcheurs. Il abrite à présent des échopes de touristes et des restaurants italiens.

Il fait chaud et il est l’heure de se décider. Avec un courage qui frise la témérité, je troque mon sweat-shirt noir contre un T-shirt “I love HK” acheté sur place, et bien plus léger. Armée d’une bouteille d’eau et prête à affronter l’adversité dans ce nouvel uniforme, je tente - en vain - de prendre un bus vers la plage qui, à vue de nez, me semble la plus isolée sur la carte. Pas de convoi à l’horizon. C’est parti pour le taxi. Après 20 minutes de voyage entre des bosses et des fosses couvertes de verdure, je pense que ma quête arrive à sa fin lorsque j’apperçois, sur le côté de la route, un panneau vers la “Big Wave Bay” de mes rêves. Mais l’illusion est de courte durée, car à ce panneau succède celui, beaucoup plus pragmatique, que l’on retrouve partout à Hong Kong durant les week-end: “parking full”.

En descendant du taxi, j’ai tout de suite senti qu’il se passait quelque chose. Peut-être que le groupe de promeneurs en maillot de bain m’a mis la puce à l’oreille. Toujours est-il que, lorsque j’ai débouché sur la plage, et me suis soudain trouvée en plein rassemblement de vacanciers du dimanche (des indigènes, en quelque sorte) en train de prendre le soleil et de jouer au beach volley au son du transistor, j’ai poussé un grand soupir. Puis j’ai mis les pieds dans l’eau. Et le reste a suivi.

Apperçu un chemin sur le flanc de la falaise qui encercle la baie. Tenté l’expérience. Discuté avec un coupe d’Hong Kongais fort sympathiques. Puis lancée sur le chemin, qui monte, et tourne, et monte. Croisé quelques marcheurs, des papillons gros comme des souris, un monsieur qui transportait sa radio dans un sac jaune d’où sortait une mélancolique musique chinoise traditionnelle, un autre mélomane (plus écolo) qui marchait en chantant, l’un ou l’autre coureurs, torses nu et serviettes sur l’épaule, et des Luxembourgeois. Et, finalement, contemplé la mer depuis ces hauteurs qui ne cessaient d’aller plus haut, sur un chemin de pierre qui traversait la montagne couverte de végétation. Le rêve, ou la réalité?

Épilogue:

Après… je suis arrivée au niveau de la mer - à nouveau. C’est-à-dire: au pied de la montage et des buildings. J’y ai mangé pour la première fois une chose étrange - et j’espère que c’est la dernière - discuté avec un pêcheur (du dimanche, lui aussi), puis pris le bus vers mon point de départ. L’accomplissement du jour, c’est donc d’avoir fait le tour de l’île sans faire exprès. 

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